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Pourquoi l’assurance-vie est repassée devant le Livret A

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L’assurance-vie a généré une collecte nette supérieure à celle du Livret A pour la première fois depuis plus d’un an et demi. Décryptage par Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des Epargnants.

 

L’assurance-vie redevient le placement préféré des Français. Pour la première fois depuis juillet 2011, la collecte nette (différence entre versements et retraits) d’assurance-vie reprend la tête face au livret A. Dopé par un rendement à 2,25% et un relèvement de son plafond, le livret A avait distancé l’assurance-vie depuis plus d’un an et demi. Mais la tendance s’inverse. Le mois dernier, la collecte nette de l’assurance-vie a atteint 2,3 milliards d’euros, selon les chiffres publiés par l’Association française de l’assurance (Afa). Celle-ci a, entre autres, été boostée par le recul à 1,75% du taux du Livret A le 1er février 2013.

Décryptage par Philippe Crevel, économiste et secrétaire général du Cercle des Epargnants.

Comment expliquez-vous que la collecte nette de l’assurance-vie soit passée devant celle du livret A au mois de février?

L’assurance-vie est repassée devant le livret A en février en raison d’une baisse des prestations donc des rachats. Ce phénomène n’est pas lié à un effort d’épargne supplémentaire mais à une diminution des transactions immobilières. Les Français achètent moins de biens immobiliers en raison de leurs prix élevés donc la collecte augmente.

L’autre facteur, c’est l’anxiété. Le moral des Français est en berne,ils n’ont pas confiance en l’avenir. Dans ce contexte économique morose, ils craignent donc d’investir dans des achats importants comme l’automobile.

Enfin, le livret A a été pénalisé par la baisse de son rendement qui est passé de 2,25% à 1,75% au 1er février 2013 alors que les contrats d’assurance-vie ont un rendement moyen de 3%.

Et c’est une tendance qui va se poursuivre tout au long de l’année. Les Français ont la volonté de garder un volant important d’épargne de précaution pour faire face à une conjoncture complexe. Il faut évidemment que le régime fiscal reste favorable. Mais le gouvernement ne semble pas vouloir pénaliser l’assurance-vie en 2013. Si c’est confirmé, cela devrait également jouer en sa faveur.

Quels sont les avantages qui motivent les Français à placer leur argent dans des contrats d’assurance-vie ?

L’assurance-vie est un produit d’épargne bien compris par les Français. Ces derniers sont sensibles à la garantie en capital du fonds euros. Les épargnants français cherchent la garantie avant le rendement.

Ce contrat dispose également d’un régime fiscal incitatif et qui n’a pas changé ces dernières années. Il offre des exonérations d’impôts sur le revenu, des allègements de droits de successions et les plus-values sont mêmes exonérées d’impôts. La stabilité en termes de fiscalité est gagnante.

Enfin, l’assurance-vie est un placement qui permet de satisfaire tous les besoins des épargnants, c’est-à-dire concilier la sécurité et le rendement ou miser exclusivement sur l’un plutôt que l’autre. A savoir que la sécurité a un prix donc il y a moins de rendement. Et si on recherche le meilleur rendement, il faudra prendre des risques.

Le contrat d’assurance-vie permet de faire un mélange des deux avec le fonds en euros qui est garanti en capital et les unités de compte qui sont les actions et les obligations. On peut atteindre 7 à 8% de rendement sur les unités de compte mais cela dépend des arbitrages que l’épargnant aura faits entre son fonds en euros et ses unités de compte.

Par contre, si l’épargnant recherche à tout prix un rendement élevé, la prise de risque s’impose et là, il choisit un plan d’épargne en actions. Et à l’inverse, s’il veut zéro risque, il privilégie le fonds en euros de l’assurance vie avec un rendement autour de 3%.

Comment expliquez-vous le fait que les Français épargnent plus que la moyenne de leurs voisins européens ?

La définition du taux d’épargne comprend à la fois l’épargne financière déposée sur un livret A ou un contrat d’assurance-vie, et le rendement du capital sur les emprunts immobiliers. Ce calcul est harmonisé en Europe.

Or en France, le logement est cher donc les emprunts remboursés sont élevés. En effet, l’effort d’épargne des Français représente 15,6% du revenu disponible brut en 2012 alors que le taux d’épargne de la zone euro est de 13%. Et à l’intérieur de ces 15,6%, le taux correspondant au remboursement d’un emprunt immobilier s’élève à 9,5% donc l’épargne financière ne représente que 6, 1%.

Ensuite, il y a la tradition. Historiquement, la France est un pays de paysans. Les Français ont recours à l’épargne de précaution pour faire face aux aléas de la vie bien que le pays pratique une politique d’Etat Providence. Il y a aussi un facteur démographique, la population est vieillissante. Or ce sont les personnes âgées qui épargnent le plus.

Enfin, en France, on a peu développé le crédit à la consommation par rapport à d’autres pays européens. Les Français commencent donc à épargner avant d’acheter des biens. Cette différence de comportement en matière de consommation favorise en France un taux d’épargne élevé par rapport aux pays d’Europe du Sud.

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